Un entretien
avec René Ganster, "grand tisonnier" de sessions
à l'Irish Pub de Metz*.
Bœuforiques – Première question : sous quel nom et comment puis-je vous présenter ? Vous êtes l'animateur des irish
sessions à l'Irish Pub ? Depuis leur origine ?
René Ganster – Appelez-moi René, puisque c'est le prénom que mes parents m'ont donné. Je n'anime rien, car il ne s'agit pas d'un club, mais il est vrai
que je suis depuis des années le "casse-pieds" qui essaie de fédérer, de rassembler, de relancer, de proposer, car je verrais disparaître ces sessions messines avec un immense dépit et une immense
tristesse. C'est un peu comme un feu à l'âtre, il faut parfois "tisonner" un peu pour que le feu brûle plus clair. Je suis là depuis l'origine, mais ce droit d'aînesse ne me
confère aucun droit de regard ou aucune prérogative spéciale.
Bfq – Vous faites partie d'un groupe (irish ou autre)
?
René – J'ai fait partie d'un groupe autrefois qui était supposé faire de la musique irlandaise et que j'ai quitté dès lors que je me suis aperçu que
nos pratiques et objectifs étaient de plus en plus divergents, on va dire cela ainsi.
Bfq – Vous jouez de quel instrument ?
René – Comme à peu près tout le monde, je joue de la guitare ( Dylan, Tom Paxton, Joan Baez ont fait partie de ma
"jeunesse", pour situer), puis j'ai découvert le banjo 5 cordes dit "américain" et j'ai abouti enfin aux instruments à quatre cordes lors de mon tout premier voyage dans l'Île Verte, il y a
une vingtaine d'années de cela : banjo "irlandais", et mandoline (à une octave près) et depuis peu, mais très logiquement et avec une immense voire totale passion, le violon (fiddle, en fait).
Bfq – On va parler des sessions à
l'Irish Pub. La prochaine est un vendredi, mais j'avais noté qu'elles avaient
normalement lieu le troisième jeudi du mois, c'est un jour de semaine... Pourquoi ce choix ?
René
– Pour deux raisons, essentiellement. Il semblerait curieusement que cela corresponde à la disponibilité régulière de certains participants. Mais le
vendredi matin, lorsqu'il s'agit de se mettre en route pour aller au labeur... Je ne vous dis pas... Par ailleurs, le vendredi, le pub est généralement bondé, si bien que les mètres cubes
d'air respirable deviennent rares (et je ne parle pas de la fumée de tabac qui va bientôt, heureusement, s'élever uniquement dans la rue).
Il se trouve cependant que le repos réparateur du samedi matin devient une contrainte de plus en plus forte, si bien que les sessions auront peut-être lieu désormais le vendredi soir. A
vérifier.
Info principale pour le moment : prochaine session le vendredi 21 décembre à partir de 21 h.
Bfq – Je sais, c'est bête, mais je suis toujours surpris qu'il y
ait un tel engouement pour les musiques celtiques ailleurs qu'en Bretagne...
René
– C'est curieux votre remarque mais guère surprenant. Les Bretons ont toujours plus ou moins l'impression de détenir une sorte de monopole en matière de
celtitude et lorsque l'on se trouve en Irlande, ce sont les Irlandais qui se manifestent ainsi. Des amis Luxembourgeois (voyez-vous où cela se trouve ? LOL) m'ont fait remarquer que pour des
raisons de migration vers l'Ouest, le Luxembourg par exemple a été celtique bien avant l'Ouest Sauvage, voyez-vous... alors...
Bfq – Ça veut dire que la musique irlandaise a
depuis longtemps ses
pratiquants, son public – et son pub ! – à Metz ?
René – Cela doit bien faire une dizaine d'année à présent qu'il se fait de la musique traditionnelle
irlandaise à Metz, dans ce pub précisément et ceci avec une grande régularité, en dépit de changements de propriétaires. L'initiateur, qui n'est pas resté longtemps parmi nous, est en fait un
violoneux originaire de Nancy. Il y a eu depuis de "grandes sessions" avec une vingtaine de musiciens et de danseurs au moins, et d'autres fort modestes où l'on se retrouvait à quatre ou
cinq.
Mais, venez donc voir, venez voir les locaux. L'Irish Pub est fort joliment situé, juste en contrebas de la cathédrale de Metz,
parfois un peu overcrowded, parfois un peu trop enfumé au gré de certains (mais il paraît qu'à partir de janvier... tant mieux : pas bon pour les instruments, très mauvais pour les
flûtistes).
Lorsque par hasard en hiver il neigeote un peu, vers minuit au sortir du pub, avec cette cathédrale gothique tout illuminée, et que l'on a eu son content de musique ou presque, c'est une féerie
!
Le patron, Christophe, est extrêmement accueillant, sympathique et généreux puisque toutes les consommations des musiciens, qu'ils soient habitués ou de passage, sont "on the house" comme on
dit en langue anglaise.
Bfq – Très bonne idée ! J'en parlerai aux patrons d'ici...
("Toutes les consos", c'est quand même peut-être un peu risqué, non
?...)
René – Non, ce n'est pas risqué, je répète que Christophe est très accueillant, qu'il
aime la musique (guitariste lui-même). A part quelque(s) cas d'espèce, les musiciens s'en tiennent en général à une consommation plutôt décente et raisonnable, qui parfois même exclut la bière (!)
car cela ne fait pas nécessairement bon ménage avec une route de retour parfois assez longue.
Bfq – A ce propos, combien de musiciens environ se retrouvent
tous les mois à l'Irish Pub ?
René – En moyenne, on arrive à une dizaine de musiciens.
Bfq – Et quels instruments sont les mieux représentés
?
René – Il y aurait actuellement une tendance de plus en plus nette en
faveur du violon (ou fiddle, que je prétends désaccordé lorsque j'en joue. LOL) . Il y a guitare(s), bodhran (rarement plus de deux, sinon il faudrait en jouer à coup de couteau de cuisine),
tinwhistles, banjo. En revanche, extrêmement peu d'accordéon diatonique ou autre, ce qui est dommage. Nous jouons essentiellement du "traditionnel irlandais" : reels, jigs, hornpipes, slip
jigs, (trop) peu de O'Carolan, de 21h à minuit, 1h, cela dépend.
Bfq – "O'Carolan"... Vous lui consacrez une page sur le site (cf. lien
ci-dessous) avec quelques morceaux en écoute. Vous estimez que ce compositeur n'a pas aujourd'hui l'audience qu'il mérite ? Est-ce qu'on sait encore danser sur ses morceaux ? (D'ailleurs, est-ce
que les irish sessions accueillent aussi des danseurs ?)
René – J'ignore si
l'on danse encore sur la musique d'O'Carolan ni si l'on a jamais dansé sur cette musique. Je n'ai jamais vu ici ou là-bas danser autre chose que des valses sur certains de ses planxties.
Quant à danser dans le pub, cela s'est fait, cela se fera encore, mais il y a d'une part assez peu de place pour s'exécuter et puis d'autre part c'est rare dans la mesure où très
peu de gens – même (surtout ?) les habitués des bals folk locaux – connaissent en fait ou maîtrisent les pas et figures irlandais, se contentant de faire quelque chose issu des bals folk, mais qui
n'est pas du set dancing ou du Céili, ceci étant dit sans aucune critique. (Pour les vrais amateurs de l'Est Lointain, essayez de contacter comhaltas_luxembourg@hotmail.com).
Lorsque nous avons la chance de voir débarquer nos amis Irlandais, Britanniques et /ou Luxembourgeois – ils sont parfois un peu paresseux à faire les 2 x 70 km d'autoroute pour venir jusqu'à Metz
– il y a alors en plus des chansons et bien entendu tout le monde (le public (?) les consommateurs) explose au final sur Dirty Old Town, Molly Malone ou The Wild
Rover... comme partout.
Bfq – Si je comprends bien le "(?)", les sessions ne manquent pas de
public... mais le public, lui, manquerait un peu d'attention !? "Comme partout", ça aussi : les charmes de l'ambiance cabaret ne respectent pas vraiment l'étiquette des
concerts...
René – Il ne s'agit pas de concerts, puisqu'il n'y a pas de
"groupe" attitré, seulement quelques habitués. Le public manque parfois d'attention, ce n'est pas ce qu'on lui demande, car il vient au pub, motivé également (surtout ?) par d'autres centres
d'intérêt que la musique traditionnelle irlandaise.... Ceci est d'ailleurs vrai également en Irlande, sauf dans les pubs pour touristes ou lorsque quelqu'un pousse une chanson, dont là-bas, on
comprend et écoute les paroles. Donc...
Bfq – Je note au passage que vous avez un sacré rayonnement pour arriver à déplacer des musiciens "paresseux" sur 140 km aller-retour !
Vous avez fait de la pub ou c'est seulement le bouche-à-oreille ?
René – Il n'y a pas de pub(licité), juste un pub (!) à sessions à Metz et d'autres aussi à Sarrebruck et à Luxembourg et puis des gens qui finissent par se connaître, par se rendre visite – depuis le
temps ! – et les échanges musicaux internationaux.(LOL) se développent fort bien dans l'Est profond et puis encore, il y a pas mal d'autoroutes par ici (pas de Quatre-voies chez nous
!).
Bfq – Parmi les musiciens qui fréquentent l'Irish
Pub, est-ce qu'il y a des professionnels (ou des amateurs qui tournent sur les scènes locales, régionales...)
?
René – Non, à ma connaissance, pas de "professionnels", mais certains
musiciens font effectivement partie d'autres groupes, parfois à géométrie assez variable, qui ne font pas exclusivement du traditionnel irlandais, mais encore d'autres choses diverses et
variées.
Nous ne demandons pas – je dirais presque au contraire – la présence ou la participation de virtuoses qui dans les sessions écrasent volontiers les "petits nouveaux" à coup d'excellence et souvent
hélas aussi d'une certaine morgue. Cela devient alors de la performance pour la performance et presque du spectacle. Il ne s'agit pas ici de "briller", mais de se faire plaisir en faisant
les choses sérieusement sans se prendre au sérieux, voyez-vous ?
Bfq – Clem (du blog Winter is Coming) me parle d'autres sessions du même genre à
Luxembourgville (la capitale du Grand-Duché ?) et d'un tout nouveau rendez-vous irish au pub Le Phénix de Nancy**. Décidément, cette musique explose chez vous ! Vous participez à ces rencontres ?
René – Je ne connais pas le Phénix, n'y ayant jamais été convié... Peut-être qu'un jour... Clémence pourra
donc vous dire comment cela se passe là-bas.
En revanche, si ces lignes atteignent d'éventuels amateurs, locaux ou de passage, je voudrais souligner pour finir et être bien clair, qu'à Metz, à l'Irish Pub, on est totalement
ouverts pour accueillir des musiciens pour peu qu'ils pratiquent - même en tant que débutants - la musique traditionnelle irlandaise, un peu comme là-bas, sans
essayer de virer au cours des sessions vers d'autres horizons musicaux. Les rythmes se concentrent sur ceux qui ont été évoqués plus haut, jigs, reels, hornpipes, polkas etc.
et les instruments vont, bien sûr, des flûtes aux "cordes" diverses et au bodhran en passant par l'accordéon, de préférence diatonique.
Par exemple, je n'ai rien en particulier contre le djembé pour ne citer que cela, mais je pense que ce n'est pas essentiellement ni nécessairement un instrument de musique
traditionnelle irlandaise. Mais ce n'est que mon point de vue...
Bfq –
Merci beaucoup, René. Un dernier mot à propos de votre site Irish
sessions, pour son choix de textes, partitions et morceaux traditionnels à télécharger, et aussi pour son "panorama" sur la culture irlandaise (au sens large : des mythes à la
gastronomie...). On peut donner l'adresse...
René – http://www.irishsessions.free.fr/ , qui a besoin d'un
sérieux coup de plumeau...
*- Irish Pub : 3, pl. de Chambre, 57000 METZ. Tél :
03.87.37.01.38
**- Pub Le Phénix : rue Stanislas, Nancy (54). Session de musiques traditionnelles irlandaise et du monde le 3° mardi de chaque mois.
(Source : Clem.)
par Géant lunaire
Samedi 15 décembre 2007
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Arrivé à Rennes vers 22h, par le nord... Un peu de retard pour mon premier rendez-vous... Descendant le boulevard Patton, on peut
difficilement le rater : le Mondo Bizarro (au n°264), son décor apocalyptique de nuit en flammes qui, en plein jour, a l'air de cacher
quelque chose... Plongé dans la nuit, confondu à elle, ne reste que cette barrière de flammes à traverser pour être de la tribu, au milieu d'elle, prêt pour l'initiation...

Mon initiation au blues ! Ça paraît incroyable à dire comme ça... Pas loin de vingt ans en arrière, à l'époque de mes premiers bœufs, le blues était déjà comme un vieux pote un peu
dingo, un que tout le monde connaît, un qui est de toutes les veillées, de toutes les nuits blanches, un qui radote toujours les mêmes histoires mais qui se la ramène seulement quand
personne n'a plus rien à dire. Ce bon vieux blues, celui que tout le monde croit connaître, celui qu'on écrit avec une minuscule parce qu'il est juste le qualificatif d'une gamme...
Vingt ans plus tard, c'est comme si je découvrais que la gamme blues ne résume pas le Grand Blue(s). Comme pour le Jazz : quand on dit Blues on pense moins à une musique définie qu'à une
certaine manière de concevoir l'existence qui passe par la musique notamment (il y a aussi une littérature blues, aux contours tout aussi flous...). Le Blue(s), c'est d'abord
une couleur, vaste et profonde... l'Océan ! Et pour connaître un océan, pas besoin d'en connaître les sources, il faut juste plonger dedans et boire la tasse... Tchin !
Hier au Mondo Bizarro : j'entrais dans le bain prudemment, la clarinette sous le bras et à tout petits pas quand quelqu'un avec un appareil
photo m'a lancé en passant :
« Allez vas-y, souffle ! On stage, allez...» J'ai suivi son conseil, j'ai plongé.
Et en buvant la tasse j'ai pensé « Glurp ! C'est mon baptême du Blues... » (et forcément ça me donnait un peu plus le trac). Le Grand Blue(s) !
Quand tu regardes l'Océan, si tu l'aimes vraiment, ce ne sont pas les vagues que tu regardes, c'est l'onde qui les anime et dont l'origine se perd vraiment dans la nuit des temps.
Et c'est ça le Blues qui me fait plonger. Ce n'est pas dans un livre, écrit et décrit noir sur blanc qu'il faut le lire. C'est dans le regard d'un type. D'un Bluesman, de préférence. Et dans son
regard, chercher la flamme.
Je sais que je l'ai vue hier soir, il y a même eu des instants où j'ai eu la sensation très nette de la partager. Et je n'attendrai pas de savoir si j'ai emporté un peu de cette flamme avec moi
pour remercier très chaleureusement, parmi les musiciens, Soaz, Nico et les
autres de Roazhon
Blues. C'est le nom de l'association qui sème le Blues sur Rennes depuis six ou sept ans : en animant les bœufs chez Caro et Bruno (Mondo Bizarro) le premier jeudi de chaque mois à partir de 21h. Et en organisant ponctuellement des concerts sur le district (la liste complète est sur le site de Roazhon Blues où vous trouverez aussi une impressionnante
collection de photos !).
Merci pour cette belle initiation qui inaugure sur le blog notre saison blues. Car après la plongée, c'est la phase exploratoire. Elle nous mènera prochainement à
Issy-les-Moulineaux où une association, Crossroad, propose un dispositif très complet d'approche et de découverte du Blues dans toutes ses
dimensions...
En attendant, je m'en vais montrer à ma guitare de quel blues je me chauffe.
Prochains bœufs blues au Mondo Bizarro : les jeudis 3 janvier, 14 février et 6 mars 2008 à partir de
21h.
PS : signalons que ce dimanche 16 décembre à partir de 16h à la Godinette (Romazy-35), la couleur dominante du bœuf
sera le blues. Venez avec vos instrumis, c'est entre aments... euh !
par Géant lunaire
Vendredi 14 décembre 2007
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